Sampiero Corso

sampiero-corsoCondottiere corse de la Renaissance, fameux pour sa bravoure, son charisme, ses compétences militaires et diplomatiques, sa vie est toute entière sous-tendue par deux idées directrices : d’une grande intégrité morale, il voue un attachement indéfectible aux Médicis (Florence) et une haine féroce aux Gênois( occupants de la Corse) qu’il s’évertuera à combattre. Sa vie se déroulera en quatre grandes périodes :

I.      L’enfance et l’adolescence : 1498-1516

Nous en savons peu de choses, sinon qu’il naît dans la « Pieve di Basterga » (Bastelica), le 23 mai 1498, dans une maison forte (una torra) au hameau de Minustu à Bastelicaccia. Sa mère appartient à la famille Sornacone, et son oncle maternel est mercenaire au service de Gênes.

II.      La période italo-toscane : 1516-1526

En 1516, à l’âge de 18 ans, se dédiant comme beaucoup de jeunes gens de son âge au métier des armes, il rejoint Florence.

Il est enrôlé dans les troupes de Jean de Médicis (Giovanni dalle Bande Nere), témoignant déjà de ses grandes capacités militaires. Il combattra à ses côtés sur tous les fronts de bataille lors des guerres d’Italie.

A la mort de ce dernier, dégagé des obligations militaires, il entre au service du Cardinal Hippolyte de Médicis, à Rome, lieu de rencontre des exilés florentins et s’initie à l’art de la diplomatie.

Très schématiquement et pour comprendre l’évolution de la carrière de San Peru il faut intégrer le jeu des alliances européennes à cette époque. D’une part Florence et Rome avec les papes Médicis s’allient à la France de François 1er et Henri 2 et s’opposent à Gênes qui occupe la Corse et est alliée à  Charles Quint ainsi qu’à  l’Espagne.

En 1553, pour sceller l’alliance Franco-Médicéenne, le Cardinal Hippolyte de Médicis escorte Catherine de Médicis à Marseille  afin de célébrer l’union de cette dernière avec le dauphin Henri 2, fils de François 1er. San Peru fait partie de l’escorte et traite lui-même du remboursement de la dette de France aux banquiers Médicis.

En 1536, à la mort du Cardinal, San Peru rejoint la France, passant au service de Catherine de Médicis et commande alors les troupes corses d’Henri 2.

III.      La période française : 1536-1544

San Peru se fait remarquer par ses faits de bravoure. Il devient progressivement « U Corsu » ; nommé colonel des troupes corses, il ne peut accéder au grade de Général, n’étant pas de « noble extrace ».

En 1542, le dauphin lui remet une chaîne en or et l’autorise à ajouter une fleur de lys à la tête de Maure figurant sur son étendard.

En 1544, à l’âge de 46 ans, il est officiellement dégagé de ses obligations militaires.

IV.      La lutte pour l’indépendance : 1544-1567

En 1544, de retour en Corse, il s’allie à la puissante famille d’Ornano en épousant Vannina. En 1546, luttant contre les Gênois, il tombe dans un piège tendu et blesse en duel Giovanni da Torino qu’il avait déjà affronté en 1522.

Accusé par les Gênois de collusion avec les Turcs, il est incarcéré à Bastia. Soutenu par le roi de France, il est finalement relâché mais proscrit  de Corse, il se réfugie en France en 1548 et reprend du service.

En 1553, sous le règne d’Henri 2, après plusieurs embuscades menées auprès de Turcs et qui se concluent par une alliance, San Peru débarque en Corse à la tête de plusieurs compagnies corses et étrangères lors de la première expédition française en Corse. L’amiral gênois Andréa Doria subit une défaite.

Les villes corses ouvrent leurs portes à San Peru, le peuple corse veut s’émanciper de la politique économique gênoise.

Les quatre compagnies corses « di Pumonte » sont commandées par San Peru, ses beaux frères, ses neveux. C’est alors que sa tête est mise à prix pour 5000 écus. Cependant, San Peru entre en conflit avec le Maréchal de Thermes, les Corses sont divisés en factions pro et anti gênoises. C’est la rupture avec la France, et, en 1554, restant en Corse, il reprend à son compte une lettre patriotique de libération.

Il recrute des volontaires, remporte la victoire de Tenda (18.02.1554) et stoppe la reconquête Génoise. Il est rappelé à la cour de France en Octobre 1554. lors de la deuxième expédition française en Corse en Septembre 1555, il reconquiert plusieurs places, mais c’est son compatriote Orsini qui est nommé lieutenant général.

En 1557 la Corse, pays d’Etat, est incorporée au Royaume de France. Cependant à la « Cunsulta di Vescovato », les Corses votent la reconnaissance d’un droit spécifique à la Corse. Par suite de revers militaires, la France rétrocède l’île à Gênes lors du traité de Cateau-Cambrésis  le 02.04.1559.

Les biens de San Peru sont alors confisqués.

Henri 2, blessé grièvement, meurt la même année. San Peru, obligé de s’exiler, s’établit à Marseille en 1561. Il multiplie les appels au roi de France, à Cosme de Médicis, grand Duc de Toscane, fils de Giovanni dalle Bande Nere sans succès.

En 1562 il effectue un voyage à Alger, puis en Turquie, auprès de Soliman le Magnifique, car il veut relancer la lutte anti-gênoise.

Durant son absence, Vannina le dépouille de ses biens, s’enfuit avec ses filles et le cadet de ses fils pour rejoindre Gênes. Elle est rattrapée au large d’Antibes par les fidèles de San Peru ; celui-ci la tue le 16.07.1563 pour trahison.

Il obtient l’impunité de la cour de France, en égard à ses états de service.

En 1564, il débarque en Corse, sans le soutien de la France et lance un appel aux patriotes le 18 Juin. Il entame la lutte de libération nationale et remporte de nombreuses victoires en six semaines. Il est alors proclamé « Père de la patrie ».

L’amiral Stephanu Doria, voulant le discréditer fait incendier Basterga le 20.12.1564 qu’il a mis quatre jours à atteindre tant la résistance bastelicaise a été importante (au Barracone, à Cavru, à Sant’Alpartu, à Punticellu) ; seules restent intactes six maisons dont celle des Surnacone à Dominicacci (famille maternelle de San Peru) partisans des Gênois.

Gênes pratique alors la tactique de la terre brûlée. En Mars 1565, à la « cunsulta di Pedicorti di u Boziu » San Peru refuse le titre de comte de Corse.

Il convoque, selon la pratique démocratique corse, une assemblée des délégués des Pieve.

La France, pour solde de tout compte, lui octroie 12 000 écus et un étendard, sans l’emblème français, sur lequel est écrit « PUGNA PRO PATRIA» (combattre pour la patrie).

Dès lors, à la « cunsulta di i Valli d’Alisgiani », il est lâché par la France, trahi par les nobles et les Ornano. Il tombe dans une embuscade au lieu dit « Senza Populu » à Eccica-Suarella et meurt en protégeant son fils le 17.01.1567.

Selon la tradition orale, malgré l’interdiction de toucher le corps décapité dont la tête a été exposée à la citadelle d’Ajaccio, les frères du couvent de Bastelica allèrent chercher sa dépouille dont les cendres furent placées dans une niche du mur du chœur de la chapelle du couvent.

 

Josée Gistucci